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JEAN PIERRE BEKOLO « OUR WISHES » : UN REGARD SUR L’AFRIQUE COLONIALE….

Le traité Germano – Douala est au centre d’un dialogue de la nouvelle production de Jean Pierre Bekolo „OUR WISHES“ qui remet en scène les acteurs de l’époque. Dans cet entretien à bâton rompu, il évoque les contours de cette série bientôt sur le petit écran.

„OUR WISHES“ est le titre de votre nouvelle production qui remet d’ailleurs au goût du jour le passé colonial du Cameroun avec l’Allemagne. Quelle est la trame de l’histoire ?

„OUR WISHES“ – se traduit en français pas „NOS SOUHAITS“. Il s’agit d’un document que les chefs Douala ont rédigé pour faire connaitre aux Allemands leurs souhaits alors qu’ils étaient en train de négocier le traité qui confiait leur territoire à ces derniers. Mais ce document a été ignoré par les Allemands et on connait la suite. Au-delà de cette histoire, s’il y a une constante dans les relations entre l’Afrique et l’occident, c’est que nos souhaits ne sont jamais pris en compte. Vous avez compris l’esprit de tout le projet : il s’agit d’entrer dans notre histoire pour en tirer des leçons qui devraient nous servir aujourd’hui. Ce projet pour nous,c’est comme une tentative c’est-à-dire nous ouvrons une brèche sur l’histoire du Cameroun qui n’est pas racontée. Lorsqu’elle est racontée, c’est de façon sommaire dans la perspective du vainqueur. Et c’est d’autant important qu’on commence avec un média populaire (la télévision), un genre (série) où de la mère à l’enfant, tout le monde peut comprendre ce qui se passe. Voilà pourquoi nous avons opté de faire „Our Wishes“ sous forme de série télévisée.

„OUR WISHES“ est une série TV de 26 minutes en 10 épisodes qui proposent sous la forme d’un pilote que l’histoire nationale, ou encore le contenu patrimonial fasse son entrée sur nos chaînes de télévision.Quel intérêt y a-t-il selon vous à réveiller ce pan de l’histoire ?

Je pense que nous sommes notre propre histoire. Si nous ne savons pas d’où nous venons, il faut savoir au moins où nous allons. Mais pire encore nous avons vécu récemment ce qu’on a appelé la crise anglophone ; cette crise nous a amené à comprendre combien l’histoire est importante. Pourquoi nous sommes nés au Cameroun, Pourquoi nous sommes francophones ou anglophones. L’histoire c’est elle qui tranche en fait. C’est elle qui appelle à comprendre ce qui se passe et peut être nous guider sur ce qu’il faudrait faire. Je pense que ce qui est important c’est l’histoire même si l’on pense que nous sommes l’un des rares peuples qui peuvent évoluer à l’aveugle sans consolider au fur et à mesure notre mémoire collective. C’est-à-dire qu’on comprenne bien, l’identité ethnique vous pouvez l’avoir parce que vous allez au village, parce ce qu’on vous la transmet d’une autre manière mais l’identité nationale chez nous est à construire. Mais au de la de l’actualité, il y a des constantes dans la relation que nous Africains avons toujours eu avec l’occident. Je pense à la corruption dont parle „OUR WISHES“, le “dash” que les Allemands ont donné aux chefs pour signer le traité. Je pense à la dévaluation et à la dette pour faire pression sur ceux qui ne voulaient pas signer le traiter. Il n’y a pas besoin de vous faire un dessin pour dire en quoi cette histoire coloniale qui est mal enseignée quand elle n’est pas enseignée du tout dans nos écoles est importante. Et cette série „OUR WISHES“ est une forme de réinvention. Au-delà de toute cette histoire coloniale que nous prenons dans les archives et autres, nous devons aussi nous réinventer une nouvelle identité, ne pas se limiter à cette identité qui nous a été attribuée. Donc l’idée de ramener l’histoire sur la place publique, créer une conversation ne peut que nous enrichir, nous amener à prendre de bonnes décisions.

Parlez-nous des conditions de tournage de ce film (casting, choix des sites, financement)

Ce film,nous le devons au travail formidable de Mme Karin Oyono une allemande installée au Cameroun depuis près de 40 ans avec son mari, camerounais; tous les deux ingénieurs des ponts et chaussées. Je rencontre Mme Oyono en 2004 alors que je tourne „Les Saignantes“, sa nièce qui travaillais à l’ Hotel Hilton ou je logeais nous a mis en relation. Depuis 2004, je n’ai pas réussi à trouver les financements pour faire ce film qui a tenez-vous bien 2000 pages! Et l’année dernière, je me dis qu’il fallait se lancer avec nos fonds propres. Le Goethe-Institut de Yaoundé nous a accompagné dans la limite de leurs moyens. Mais avec beaucoup de bonne foi et d’enthousiasme, Fabian Mühlthaler et Raphael Mouchangou continuent d’explorer comment offrir aux camerounais leur histoire. J’ai dû créer un village à 40 km de Yaoundé pour construire les décors de l’époque qui étaient assez sommaire à Zili (Awae). Nous avons aussi pu tourner dans le palais du chef supérieur des Mveles Ze Mendouga à Ebolowa (Awae). Pour les techniciens et les acteurs, J’ai envie de dire que ceux qui m’aimaient m’ont suivi, en d’autres termes, j’ai tourné le film avec mes amis car nous n’avions pas les moyens d’une super production comme ce fut le cas quand j’ai fait Les « Saignantes ». Nous avons vécu trois mois dans la brousse et cela nous a inspiré une autre manière d’aborder le cinéma ici chez nous… c’est à dire en devenant notre propre centre.

La plupart de vos productions sont en rapport avec les réalités contemporaines.Des thèmes aussi engagés les uns que les autres. On l’a vu avec „Les Saignantes“, „Quartier Mozar“ ou encore „Le Président „. Le cinéma est –il donc pour vous une arme ou un divertissement ?

J’aime définir le cinéma comme une image de radiologie, un scanner. Il doit montrer. Il doit nous permettre de voir, de voir aussi la maladie comme le scanner. Une fois qu’il a montré, la société pourrait-elle même se charger de trouver les remèdes. Ce n’est pas le radiologue qui prescrit le traitement, il se contente de faire l’image. Quel sens donnez-vous au terme engagé? Est-ce que dire la vérité c’est être engagé? Je me demande comment tous ces gens qui croient en Dieu et vont à l’église ou à la mosquée ont renoncé à la vérité? La vérité est une chose qui nous dépasse tous. Et nous devons nous mettre à son service. Quand on ne sert pas la vérité on sert le mensonge… non?
Voyez-vous la race noire souffre dans l’image globale du cinéma. Y a qu’a voir les Oscars, le Festival de Cannes et autres. Le noir est un problème dans l’establishment du cinéma blanc. Parfois je me dis c’est bien que nous n’ayons pas de salle de Cinéma car nous avons tout à construire. Donc quand nous abordons ces choses c’est avec ce passif qui nous hante. Donc le cinéma on doit le définir pour ce que nous voulons en faire. On a quand même une relation avec notre image. Donc tant que nous ne saisissons pas ce potentiel que le cinéma nous offre, nous ne pourrons pas l’utiliser pour nous servir, pour nous aider à résoudre certains problèmes. Ce qui est clair c’est que la colonisation nous a un peu rendu malade, et tout ce que la rencontre avec le blanc nous à fait comme mal, donc le cinéma lui peut être le médicament qui nous soigne.
Je pose toujours la question en terme démographique. Je ne sais pas si c’est le cas pour le Cameroun mais la moitié de la population à moins de 17 ans du moins c’est la moyenne en Afrique. Quand un enfant a moins de 17ans il doit être à l’école ou en apprentissage donc vous comprenez bien que si vous ne faites qu’un cinéma de divertissement, quelle sera la contribution à la formation de ces hommes de demain ?

Jean Pierre BEKOLO cinéaste depuis un peu plus de 25 ans. Le cinéma africain que vous défendez à travers le monde a-t-il déjà trouvé sa place ?

Je ne sais pas quelle place vous pensez que nous devons trouver si ce n’est la place qu’il doit occuper dans nos esprits à nous. Si je me lève pour danser, c’est parce que j’entends une musique qui me parle et me donne envie de bouger mon corps. Ce n’est pas parce que quelqu’un me regarde. C’est comme ça que je conçois le travail que nous faisons. Je sors de Vienne ou „OUR WISHES“ est présenté jusqu’au 18 juin au Musée Léopold de Vienne. Mais ce n’est pas la série qui est présentée aux Autrichiens, c’est la maison camerounaise avec son salon et son écran de télévision ou passe la série TV. En d’autres termes, je leur dit que je n’ai pas fait cette série pour eux mais pour les camerounais, si maintenant ils veulent la regarder, ils doivent s’imprégner de l’ambiance dans laquelle les camerounais vont la regarder en s’asseyant dans leur salon. Il est temps que nous proposions notre perspective au monde, comment nous voyons les choses. On dit que l’histoire est toujours racontée du point de vue des vainqueurs. Ne soyons pas des perdants!
Ce que j’essaie de vous dire c’est que la place dans le monde je refuse de vous dire parce que ça ne m’intéresse pas. Je n’ai pas envie d’aller impressionner des gens qui très clairement vous ont déclaré la guerre d’images, qui vous dominent. Quand aujourd’hui sur A+ c’est un jeune français de 24 ans qui décide de ce que vous allez voir et ça quand vous le savez, ça révolte. Ces séries, ces télé films là c’est un jeune français qui décide de dire ça c’est bon pour vous les africains, ça ce n’est pas bon. Je comprends ceux qui se débrouillent aujourd’hui ils ont du mal à dire non. Dans un tel rapport de force nous disons que c’est une guerre et nous la ressentons chaque jour parce que vous perdez un peu plus de votre identité, de votre dignité. Donc cette place ne m’intéresse pas.

goethe.de

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