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Coupe du monde 2018 : La France championne du monde.

COUPE DU MONDE – Vingt ans après, l’équipe de France est à nouveau sur le toit du monde. Ces Bleus-là, plus que jamais ceux de Deschamps, par leur parcours plein de paradoxes, tiendront une place à part dans le gotha tricolore.

Une pensée, d’abord, pour ceux qui n’étaient pas nés ou trop jeunes pour vivre pleinement le 12 juillet 1998. J’ai lu ou entendu beaucoup de gens, beaucoup de jeunes, donc, évoquer ces dernières semaines à quel point ils rêvaient de connaître à leur tour ce moment-là, qui ne ressemble à aucun autre. Ce moment, plus encore que le nôtre, c’est le leur.

2018 n’est pas 1998. Rien ne sera jamais comme 1998. Parce que c’était à la maison, parce que c’était la première fois, peut-être aussi parce que la mythologie brésilienne en face y contribua, ce sacre de fin de siècle conservera toujours une saveur particulière. Il a changé le destin du football français plus que la conquête de Russie ou aucune autre ne le fera jamais.

Mais cette deuxième étoile ouvre une autre voie, parce qu’elle a été décrochée sans l’avantage du terrain. Elle incarne aussi de nouveaux horizons. Ce titre n’est ni moins bien ni moins beau. C’est un titre et cette réalité-là va s’imposer à tous : la France est championne du monde. Et, à sa manière, la bande à Didier Deschamps est vraiment unique en son genre. Critiquée jusque chez elle, parfois fortement, pas franchement idolâtrée en dehors, elle aura, jusqu’au bout, été la reine du paradoxe.

Rarement, jamais peut-être, un champion du monde aura aussi peu et mal maitrisé sa finale comme les Bleus au cours des 45 premières minutes du France – Croatie de Loujniki. A-t-elle survolé cette finale ? Pas comme le score pourrait le laisser entendre. L’a-t-elle seulement dominée ? Dans le jeu, guère plus.

Pourtant, sa victoire a quelque chose d’incontestable. Quatre buts dans une finale de Coupe du monde, c’est une performance d’un autre temps. Du jamais vu depuis le Brésil 70, incarnation ultime de l’esthétisme. Les Bleus de 2018 ne peuvent pas en être plus éloignés et il est peu probable que l’histoire les juge, dans un demi-siècle, comme une référence semblable à la troisième étoile brésilienne. Que ce soit cette équipe-là qui affole les compteurs à ce point dans une finale majuscule, c’est un pied de nez assez savoureux.

Cette équipe de France, unanimement jugée pragmatique (ce qu’elle est), et par beaucoup à vocation défensive voire, disons-le, un peu chiante, aura donc entamé sa phase finale en collant quatre buts à l’Argentine pour l’achever en en collant quatre autres à la Croatie. Pour une équipe d’un ennui à mourir, ce n’est tout de même pas commun. Et derrière son pragmatisme, si appuyé contre l’Uruguay ou la Belgique, elle aura aussi vécu, et parfois survécu à travers des moments de pure folie, des dix minutes face à l’Argentine aux deux buts de Pogba et Mbappe en cinq minutes lors de la finale.

En réalité, le champion du monde 2018, en multipliant les contre-exemples et les fausses pistes, s’est affranchi d’une certaine forme de caricature. Là est peut-être son plus grand mérite. Au fond, il aura été tout et son contraire et c’est peut-être pour cela qu’il a aussi bien semé tout de monde derrière lui.

Au passage, cette équipe de France aura tordu le cou au théorème historique du football français, selon lequel les Bleus ne peuvent conquérir un sacre majeur que derrière un grand meneur de jeu. Platini en 1984. Zidane en 1998 et 2000. Sans génie absolu, point de salut, nous rabâchait-on. C’est peut-être le signe le plus probant de l’évolution du football français. Son grand meneur, à sa façon, était sur le banc, car rarement une équipe de France aura à ce point ressemblé à son entraîneur. Personne n’aura mieux incarné sa sélection que Didier Deschamps en personne.

Quoi qu’on en dise, quoi qu’on en pense, quelles que soient ses limites et ses restrictions, cette équipe est à jamais championne du monde. Comme toutes celles qui l’ont précédée là où elle se trouve aujourd’hui. Vingt ans après le 12 juillet le plus célèbre de l’histoire du sport français, l’éternité n’a plus un visage unique.

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