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BONAM (bénédictions), UN UNIVERS ALLÉGORIQUE ET POÉTIQUE.

www.danymouandjo.com

La musique pour moi, est avant tout un échange, une rencontre, un partage. C’est un lien mystérieux qui se tisse entre un artiste et celui qui l’écoute, celui qui se pose l’espace d’un instant, pour l’entendre.
Avec son premier album, Dany Mouandjo nous touche au cœur. Il nous enlace l’âme, nous interroge, nous invite au voyage, entre en dialogue avec nous et avec notre histoire.
Bonam, de Dany Mouandjo, est une double rencontre : celle d’une part d’un instrumentiste de la voix sensible et inventif, et celle, d’autre part, d’une langue qui se dit sur un mode à la fois allégorique et poétique. Une langue soutenue par des musiques particulièrement soignées.
Revisitant des rythmes traditionnels ou se servant de sons plus modernes, Dany Mouandjo chante la complexité des relations humaines, la dérisoire primauté du posséder sur l’être, la beauté des fraternités apaisées, les gémissements d’une nature détruite par les prédations de l’homme, la perte du lien de solidarité, la nécessité de l’enracinement. Il raconte des douleurs inhérentes au voyage de la vie, et touche des questions sociétales telles que la migration et l’incapacité de subvenir aux besoins primaires de l’existence. Le chanteur réussit par ailleurs, à raconter des amours douloureuses en se servant du poétique et de la métaphore pour contourner, avec adresse, l’écueil de la mièvrerie sur lequel trébuchent bien souvent les auteurs de ce type de chansons.
Dany Mouandjo propose des musiques ciselées, dont chacune est un écrin parfait pour l’histoire qui nous est contée. L’essewe, le bolobo, le makossa, la musique funk, et les autres rythmes se réinventent dans sa voix, s’adaptent à sa personnalité pour dire des textes d’une belle profondeur.
L’artiste prête son timbre à la sagesse des anciens. Dans langue recherchée, il nous y invite et, nous fait découvrir ou redécouvrir des proverbes duala qui nous enseignent l’art d’un vivre ensemble que gagneraient à explorer nos sociétés gangrenées par l’individualisme et l’indifférence.
Bonam est un voyage à la fois esthétique et lyrique qui vous étreint l’émoi tout en vous éblouissant par la beauté d’un son, ou par la qualité d’un texte. La pudeur qui vêt le verbe de l’artiste nous le rend d’autant plus attachant que l’on devine, derrière les mots retenus, des fêlures d’homme.
C’est l’album d’un auteur dont les textes ont la particularité de pouvoir s’écouter et s’entendre à des niveaux différents. C’est ainsi que, chaque exploration de ses chansons ouvre la possibilité d’une rencontre nouvelle avec une émotion, une sagesse, un regard sur le monde qui nous environne.
Sa mélopée à Ebudu, la lagune, vous capture et vous captive dès les premiers accords, tant elle est envoutante de lyrisme, saisissante de beauté, et d’émotion. Chaque onomatopée, chaque note de musique, chaque chœur est un coffret émotionnel qui nous ouvre des espaces pour dire nos douleurs, et nos gratitudes à nos mères.
Mboango est un appel à la responsabilité des africains de la diaspora auxquels l’artiste demande de ne pas oublier leur terre d’origine et, de travailler avec ceux qui sont restés sur place à la construire. Qui en effet « bâtira à ta place un lieu qui tu négliges ? »
Il est dans l’album de Dany Mouandjo, tant de beauté à saisir, tant de profondeurs à explorer, tant d’émotions à partager, que Bonam est en soi un cadeau.
Sa réalisation a été confiée Etienne Mbappe qui a fait un travail magnifique. Sa signature est audible et, sa basse apporte une pulsation essentielle aux musiques de Dany Mouandjo. La qualité de sa réalisation fait briller les sons proposés, redonnant par exemple, ses lettres de noblesse à la rythmique fondamentale du makossa. Il n’y est aucun besoin d’effets superflus ; le son est simplement le vêtement idéal pour habiller des textes particulièrement travaillés.
Dany Mouandjo est un artiste qui a quelque chose à dire, Etienne Mbappe lui permet de le faire tout en finesse et avec beauté.
Dans un environnement dans lequel, trop souvent, les notes encadrent la vacuité et le dérisoire, Bonam est le don fait à la musique par un artiste en qui ce projet a germé, puis muri dans le secret avant d’éclore. Comme un artisan, Dany Mouandjo a pris le temps de sculpter les textes et de polir les sons qu’il nous offre pour dire sa sensibilité au monde.
Il le fait de surcroît en magnifiant la beauté d’une langue dont il nous rappelle la richesse et la poésie, tout en réinventant et en enrichissant les rythmes qui fondent sa culture.
Le premier album de Dany Mouandjo est une belle rencontre que l’on ne se lasse pas de faire. Il est aussi une bonne nouvelle pour la scène musicale camerounaise et extra-camerounaise ; un artiste nous est né et des réinventions de nos imaginaires nous sont ouvertes.
Chantal EPEE

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